Prendre soin de soi quand on aide : éviter l'épuisement
Les personnes qui aident les autres en situation de crise – voisins, bénévoles ou proches aidants – s'oublient souvent elles-mêmes. Épuisement, irritabilité, troubles du sommeil et repli sur soi sont des signes d'alerte. Des pauses fixes, des tours de service, des repas et du sommeil, le partage au sein de l'équipe et des limites claires ne sont pas une faiblesse, mais la condition pour pouvoir aider plus longtemps.
- En continu ; court bilan personnel quotidien

Expliqué simplement
Les personnes qui aident les autres ne pensent souvent pas à elles-mêmes. Mais les aidants sont aussi des êtres humains : ils se fatiguent, ont faim et deviennent tristes quand ils voient beaucoup de souffrance. Imaginez une lampe de poche : si vous ne la rechargez jamais, sa lumière faiblit de plus en plus jusqu’à s’éteindre.
C’est pourquoi les pauses, la nourriture, la boisson et le sommeil font partie de l’aide. Il est bon aussi de parler avec d’autres aidants et de se relayer. Ce n’est pas une faiblesse – c’est la raison pour laquelle vous pouvez continuer à aider longtemps.
Les aidants épuisés font plus vite des erreurs et se blessent plus facilement. Les tâches dangereuses – conduire, travailler avec des outils, déblayer après une tempête – ne se font que lorsque vous êtes reposé.
Comment ça marche
Aider coûte de la force physique et émotionnelle. Quiconque est témoin de souffrances en emporte une partie avec soi – on parle parfois de fatigue de compassion. Dans la première phase, aiguë, la tension masque souvent la fatigue : on se sent alerte et capable jusqu’à ce que les forces s’épuisent soudain.
Une longue crise ressemble plus à un marathon qu’à un sprint. Qui donne tout dans les premiers jours abandonne plus tard – justement quand l’aide est encore nécessaire. Qui, au contraire, planifie des pauses, du sommeil et le partage des tâches reste efficace plus longtemps et finit par aider plus de personnes.
Cela vaut aussi bien pour les bénévoles dans les hébergements que pour les aidants de voisinage ou les proches aidants. Les proches aidants, en particulier, n’ont souvent personne pour les relayer et risquent donc tout spécialement de se surmener.
Reconnaître les signes d’alerte
Signes typiques qu’il est temps de prendre du recul : irritabilité, insomnie, cynisme (« Rien de tout ça ne sert à rien »), sentiment d’être irremplaçable, consommation accrue d’alcool, repli sur soi vis-à-vis de la famille et des amis. Des erreurs plus fréquentes, des maux de tête ou le sentiment de ne pas pouvoir décrocher en font aussi partie.
Ces signes sont souvent plus faciles à voir chez les autres que chez soi. C’est pourquoi un système de binômes est judicieux : deux aidants veillent l’un sur l’autre, se rappellent les pauses et signalent ouvertement et avec bienveillance les signes d’alerte. Un court bilan personnel quotidien aide aussi : comment ai-je dormi ? Ai-je mangé ? Comment vais-je vraiment ?
Ce qui compte vraiment : avant, pendant, après
Avant : clarifiez votre propre situation. Êtes-vous en bonne santé, votre famille est-elle prise en charge ? Combien de temps pouvez-vous réalistement aider ? Qui est votre interlocuteur, et auprès de qui vous déconnectez-vous ?
Pendant : respectez des pauses fixes, mangez et buvez régulièrement, tenez-vous à vos tours de service et relayez-vous avec les autres. Ne prenez que des tâches correspondant à vos capacités. Parlez de ce que vous vivez au sein de l’équipe ou avec des personnes de confiance, sans surcharger les autres de détails pénibles.
Après : terminez de façon délibérée, par exemple par une passation ou un court rituel. Reposez-vous, passez du temps avec votre famille et vos amis et faites des choses qui vous font du bien. Beaucoup d’organisations proposent des services de soutien à leurs aidants – utilisez-les, surtout si ce que vous avez vécu continue de vous préoccuper.
Sécurité : à quoi faire attention
L’épuisement est un risque d’accident. Ne conduisez, ne travaillez avec des outils ou ne déblayez après une tempête que lorsque vous êtes reposé. N’aidez pas au-delà de vos capacités : les zones dangereuses sont réservées aux services de secours, et pour les profanes, les premiers secours se limitent aux gestes de base et à l’appel à l’aide, rien de plus. Masquer l’épuisement avec de la caféine ou de l’alcool ne fait que repousser le problème.
Ces conseils ne remplacent ni la supervision ni l’aide professionnelle et ne constituent pas un traitement de l’épuisement professionnel ni des effets d’un traumatisme. Si la tension persiste, adressez-vous à votre médecin traitant, à un service de conseil ou à des professionnels de la santé mentale. En cas de pensées suicidaires ou d’automutilation, ou de danger pour autrui : appelez immédiatement le numéro d’urgence local (112 dans l’UE) ou une ligne d’écoute locale en situation de crise.
Bon à savoir
Le guide de l’OMS sur les premiers secours psychologiques contient une section distincte sur la façon de prendre soin de soi-même et de ses collègues avant, pendant et après l’aide. Le Centre de référence de la FICR pour le soutien psychosocial a publié « Caring for Volunteers », une boîte à outils destinée spécifiquement aux bénévoles, et les lignes directrices de l’IASC comptent le soutien aux aidants parmi les réponses minimales en situation d’urgence.
En situation d’urgence, les pauses semblent souvent déplacées – comme si l’on abandonnait les autres. Un autre point de vue aide : un aidant reposé est un meilleur aidant. Prendre soin de soi n’enlève rien aux autres ; cela garantit que l’aide ne s’interrompt pas.
Pas à pas
Avant l'intervention
Clarifiez votre propre situation : votre santé, votre famille est-elle prise en charge ? Combien de temps puis-je aider de façon réaliste ? Qui est ma personne de contact ?
- 1
Avant l'intervention
Clarifiez votre propre situation : votre santé, votre famille est-elle prise en charge ? Combien de temps puis-je aider de façon réaliste ? Qui est ma personne de contact ?
- 2
Pendant l'intervention
Pauses fixes, manger et boire, respecter les rotations, se relayer avec d'autres, n'accepter que des tâches à la mesure de vos capacités.
- 3
Surveiller les signes d'alerte
Irritabilité, insomnie, cynisme, sentiment d'être irremplaçable, consommation d'alcool accrue, repli sur soi : autant de signes qui indiquent qu'il faut prendre du recul.
- 4
Échanger
Parlez de vos expériences au sein de l'équipe ou avec des personnes de confiance, sans surcharger les autres de détails.
- 5
Après l'intervention
Terminer de façon consciente, se reposer, passer du temps avec la famille et les amis, faire des choses agréables. En cas de détresse durable, recourez à une aide professionnelle ou aux services de soutien de l'organisation.
Erreurs courantes
- Travailler sans pause
- Se croire irremplaçable
- Ne jamais parler de ce qui a été éprouvant
- Aider au-delà de ses capacités
- Masquer l'épuisement par l'alcool ou la caféine
Aperçu rapide
Convient pour
- Bénévoles dans les centres d'hébergement d'urgence et les actions de secours
- Aidants de voisinage
- Proches aidants en situation de crise
Ne convient pas pour
- Un substitut à la supervision ou à l'aide spécialisée en cas de détresse sévère
Prérequis
- Disposition à prendre ses propres limites au sérieux
Sécurité
- Les aidants épuisés font plus facilement des erreurs et se blessent. Les tâches dangereuses (conduite, outils, déblaiement après une tempête) uniquement lorsque vous êtes reposé.
- Ces conseils ne remplacent pas une aide psychologique ou médicale. Si la détresse dure des semaines ou paralyse la vie quotidienne, faites appel à un médecin de famille, à un service d'écoute ou à un professionnel de la santé mentale.
Comment ça marche
Aider coûte de la force physique et émotionnelle, et être témoin de souffrances pèse lourd. Celui qui prévoit des pauses, du sommeil et des moments d'échange reste efficace plus longtemps et finit par aider davantage de personnes. Les guides de premiers secours psychologiques consacrent une section à part à la façon de prendre soin de soi-même et de ses collègues.
Avantages
- Les aidants restent opérationnels plus longtemps
- Moins d'erreurs et d'accidents
Inconvénients
- Les pauses semblent déplacées en situation d'urgence
Connaissances approfondies
Contexte technique
Le guide de l'OMS sur les premiers secours psychologiques contient une section consacrée à la façon de prendre soin de soi-même et de ses collègues avant, pendant et après l'aide. Le Centre de référence de l'IFRC pour le soutien psychosocial a publié « Caring for Volunteers », une boîte à outils conçue spécialement pour soutenir les bénévoles.
Les lignes directrices de l'IASC comptent le soutien aux aidants parmi les réponses minimales de soutien psychosocial dans les situations d'urgence.
Variantes
- Parrainages
- À deux, les aidants veillent l'un sur l'autre, se rappellent de faire des pauses et évoquent ouvertement les signes d'alerte.
Erreurs courantes
- Travailler sans pause
- Se croire irremplaçable
- Ne jamais parler de ce qui a été éprouvant
- Aider au-delà de ses capacités
- Masquer l'épuisement par l'alcool ou la caféine
Limites et risques
- Aucun traitement de l'épuisement professionnel ou des séquelles d'un traumatisme
- Aucun conseil en organisation
Sources (3)
- World Health Organization, War Trauma Foundation and World Vision International (2011): Psychological first aid: Guide for field workers · Prendre soin de soi et de ses collègues avant, pendant et après l'intervention
- IFRC Reference Centre for Psychosocial Support (2012): Caring for Volunteers: A Psychosocial Support Toolkit · Soutien psychosocial pour les bénévoles
- Inter-Agency Standing Committee (IASC) (2007): IASC Guidelines on Mental Health and Psychosocial Support in Emergency Settings · Soutien aux aidants comme mesure minimale























